CGFP CGFP - Confédération Générale de la Fonction Publique 15/10/2019 02:03
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Editorial: Question de solidarité

Au moment où, chez nos voisins, la relance économique traîne encore un peu les pieds et que les gouvernements ont les plus grandes peines du monde pour ficeler des budgets conformes aux critères de Maastricht, notre économie affiche une santé remarquable, certes, mais pas suffisamment vigoureuse, d’après le diagnostic gouvernemental, pour colmater un trou budgétaire de quelque 1.200 millions d’euros.

A présent, finies les discussions sur le comment et le pourquoi de cet état des choses! Le gouvernement, décidé à agir sur la base de son constat, a engagé au sein de la tripartite des négociations avec les partenaires sociaux, syndicats et patronat, pour réduire les dépenses courantes dans les trois années à venir afin de rétablir l’équilibre budgétaire en 2009, année de l’échéance électorale. Alors que le Premier Ministre est décidé à annoncer, le 2 mai, les mesures qu’entend prendre le gouvernement, chacun des partenaires sociaux se positionne par rapport aux autres, à la recherche d’une solution juste et adéquate au problème posé. Puisqu’il s’agit d‘une question de solidarité nationale, la CGFP, comme par le passé, ne va pas se soustraire à ses responsabilités. En effet, quoi qu’en disent et écrivent certains de nos critiques intarissables, quand le ressentiment, la jalousie ou la mauvaise foi les démangent, la CGFP n’est pas obsédée, comme d‘aucuns, par l’«auri sacra fames», «la cupidité malsaine de l’argent». Au contraire, elle a toujours fait preuve de solidarité. Ses actions passées et présentes en témoignent: d’abord son engagement en faveur des populations les plus démunies du Tiers Monde, son action humanitaire au Togo entre autres; ensuite son appui à toutes les mesures prises ou à prendre pour relever le salaire minimum et pour combattre le chômage conjoncturel ou structurel, séquelle économique et sociale de la globalisation, surtout ces derniers temps.

Dans la défense des intérêts professionnels, matériels et moraux de ses ressortissants, la CGFP n’a jamais oublié celles et ceux de ses membres qui, après une longue vie active, pas toujours facile, ont atteint l’âge de la retraite bien méritée, d’où sa résistance acharnée, il y a dix ans, au moment du démantèlement du statut de la Fonction publique. De même, lors des négociations salariales passées, la CGFP a toujours pensé aux jeunes, entrés au service de l’Etat après avoir passé les examens d’admission, de nomination et de promotion autrement difficiles, s‘apprêtant à fonder un foyer, alors que les prix dans l’immobilier sont partis à la dérive.

Enfin, la CGFP a, dès le début des négociations au sein de la tripartite, indiqué qu’elle était prête à accepter que l’impôt de solidarité soit relevé. Quand l’intérêt du pays est en cause, la CGFP ne se dérobe pas. Elle l’a clairement montré, dans les années 80, quand l’ARBED luttait pour sa survie.

Cependant, si la solidarité est appelée à jouer cette fois-ci encore, il faut qu’elle joue pour tous les partenaires sociaux, et non pour une catégorie seulement. Tout un chacun, selon sa capacité contributive, doit y mettre du sien d’une façon équitable. Sur ce point, la CGFP se sent solidaire avec les syndicats du privé. Il n’y a que le patronat qui, avec moult jérémiades et gémissements, se tord et se cabre comme un supplicié en route vers l’échafaud. On aurait presque l’impression que notre économie bât de l’aile, alors qu’une croissance de 4,5% en 2005 prouve le contraire. Tirer à boulets rouges sur la Fonction publique qui assure l’éducation, la sécurité de tous, l’administration efficace de la vie publique, base de l’activité économique, ne témoigne ni de solidarité ni de volonté d’arriver à un compromis consensuel dans l’intérêt du pays. La CGFP par contre a, dès le début, salué l’offre gouvernementale de dialoguer, même si elle a gardé ses réserves et ses doutes sur la gravité réelle de la crise budgétaire. En rejetant toute intrusion externe dans ses relations avec l’Etat patron, elle a accepté l’offre de négociations bilatérales, comme les autres partenaires de la tripartite, et elle en a informé ses ressortissants d’une façon objective, sans aucun triomphalisme, contrairement à ce que laissent entendre certains médias, dont la malveillance invétérée cache mal leurs propres avantages.

La parole du Premier Ministre, pour nous, vaut une assurance claire et nette, irréversible. Entre-temps de longues et difficiles négociations au sein de la tripartite ont fini par aboutir à un compromis accepté par les partenaires sociaux. Chacun a dû faire des concessions en essayant de sauvegarder ce qui lui semble essentiel.

Les discussions au sein de la tripartite sont de nature à montrer les limites de la coopération des partenaires sociaux et notamment des syndicats. Avec toute sa bonne volonté, la CGFP n’est pas prête à avaler des couleuvres pour digérer le déficit budgétaire. Elle ne peut s’engager, le moment venu, au-delà de l’année 2007, surtout si les signes avant-coureurs d’une reprise économique au niveau européen laissent prévoir également un accroissement plus substantiel des recettes fiscales. Le gouvernement devra de son côté faire preuve de flexibilité et de souplesse pour ne pas neutraliser les effets positifs de sa politique anticyclique passée. Les statistiques récentes, après tout, ont corrigé vers le bas l’ampleur du déficit budgétaire annoncé.

La CGFP, depuis ses origines directes en 1967, n’a jamais gratuitement cherché la bagarre avec d’autres organisations, ni la confrontation avec le gouvernement, sauf si la défense des intérêts vitaux de la Fonction publique l’y obligeait.

La paix sociale et le consensus national restent des atouts majeurs du modèle luxembourgeois et de son succès. Mais alors, il faut que tout le monde, y compris le patronat, assume ses responsabilités et pratique cette solidarité sans essayer de s’y soustraire. Entre partenaires sociaux, il y a une totale interdépendance qui se cultive et se préserve non pas dans l’antagonisme, mais dans le respect de l’autre et de ses intérêts. En tirant trop sur la corde, on risque de faire chavirer le bateau.

Emile HAAG