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Editorial: Remonter la pente

Recoller les pots cassés s’avère parfois aussi difficile que vouloir réaliser la quadrature du cercle ou tenter l’aventure de la mission impossible.

C’est pourtant dans cette situation malencontreuse que nous ont précipités les événements de Wall Street en septembre 2008. Une fois que les gouvernements aux niveaux mondial, européen et enfin national eurent enrayé l’impact direct de la crise au prix d’un endettement parfois astronomique, nous nous sommes retrouvés pris en tenailles d’un côté par le mal lui-même, l’économie en crise et la nécessité de retrouver la croissance, et le remède de l’autre, les déficits budgétaires qu’il faudra réduire à tout prix sans compromettre la relance. S’y ajoute le chômage parti en flèche et qu’il faudra résorber aussi rapidement que possible.

Comme la reprise économique implique des dépenses publiques importantes, c’est-à-dire des déficits budgétaires pendant une certaine durée, la voie à suivre par la politique revient à marcher sur une corde raide, à déambuler sur des crêtes escarpées flanquées d’abîmes. Les responsables politiques doivent agir avec une prudence extrême, de concert avec ceux des autres pays, c’est-à-dire toute la communauté internationale, et surtout éviter de faire bande à part comme en 1929.

Par rapport à l’immense majorité des Etats membres de l’U.E., le Luxembourg est sans doute l’un des moins durement frappés par la crise car notre endettement public et notre déficit budgétaire évoluent encore à l’intérieur du cadre des critères de Maastricht. Même par rapport à nos voisins immédiats nous sommes encore en bonne posture pour nous tirer d’affaire, sans parler des pays du sud de l’Europe ou de l’Irlande. Le catastrophisme heureusement n’est donc pas de saison. Une fois de plus, l’attitude ferme et prudente à la fois des syndicats qui, lors de la Tripartite, ont mis en garde contre des visions trop pessimistes de la situation s’est vue justifiée par les récentes déclarations de nos autorités publiques annonçant des recettes fiscales en plus forte augmentation et un déficit budgétaire bien moindre et en-dessous des critères de Maastricht. Ce sont évidemment des signes de bon augure qui invitent à un optimisme prudent.

Malgré cette évolution positive, chaque communauté nationale concernée doit resserrer les rangs et éviter les dissensions internes, au risque sinon de sombrer et de déclencher des déchirements sociaux funestes et des crises politiques graves.

La pause d’été qui approche ne permet pas seulement de se ressourcer, mais aussi de prendre du recul pour mieux saisir les complexités et les interdépendances de la situation et regarder d’une façon plus réaliste et lucide les attitudes des uns et des autres. Il faut espérer que tous les partenaires sociaux comprendront que l’enjeu est de taille voire existentiel et qu’il faudra équitablement répartir les charges et les sacrifices. Personne ne devra se sentir comme bouc émissaire ou laissé pour compte.

Après les pots cassés depuis septembre 2009, la tâche du gouvernement à trouver une sortie de crise dans un consensus national, malgré le revers de la Tripartite passée, est primordiale. Vouloir infliger des saignées supplémentaires à l’un ou l’autre des partenaires sociaux risquerait de compromettre sérieusement la paix sociale.

Remonter ensemble la pente en bas de laquelle nous a précipités la crise sera un exercice ardu qui ne pourra réussir que dans un esprit de solidarité authentique. Ou bien nous sortirons tous gagnants, ensemble, ou bien nous serons tous perdants. Continuer à nous tirer dessus et à nous porter des coups les uns aux autres ne serait même plus un luxe mais de la pure folie. Le moment est venu de nous ressaisir et d’agir ensemble d’une façon responsable. Il ne faut pas le rater car, comme le dit un proverbe américain, «opportunities lost never return».

En fin de compte, il ne faut pas perdre de vue que les signes avant-coureurs annonçant la fin du tunnel se précisent de plus en plus et, sans abandonner notre prudence traditionnelle, nous devons nous préparer à en sortir.

Emile HAAG

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