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Editorial: Vox populi

Selon les Anciens, la voix du peuple est de nature divine, d’où le proverbe fameux «vox populi vox dei».

Et le philosophe romain Sénèque de souligner: «Crede mihi, sacra populi lingua est. / Crois-moi, la voix du peuple est sacrée.» Même si le résultat du référendum du 7 juin n\'exprime guère une vérité absolue, scientifiquement vérifiable - en effet, la majorité n\'a pas toujours raison, comme l\'a exprimé Coluche à sa façon: «Ce n\'est pas parce qu\'ils sont une majorité à avoir tort qu\'ils ont raison» -, une conclusion s\'impose: pas d\'addition en l\'absence de l\'aubergiste. Dans une démocratie digne de ce nom, c\'est la voix du peuple qui est «divine» et qu\'il faut respecter. La leçon que l\'on peut tirer du référendum du 7 juin, c\'est qu\'il faudra à tout prix tâcher de rapprocher de nouveau les responsables publics et les citoyens et de combler le fossé qui s\'est ouvert entre le gouvernement et le peuple.

Ce qui est vrai sur le plan national l\'est aussi au niveau de la Fonction publique qui joue un rôle clé en ce qui concerne le bon fonctionnement de l\'État et le bien-être de la population. Dans ce contexte, la CGFP a constaté avec satisfaction que le ministre du ressort a souligné, lors de la réunion d\'information du 17 juin portant sur l\'accord salarial et les réformes statutaires, l\'importance capitale du secteur public trop souvent confronté à des coups bas lancés gratuitement par ses détracteurs les plus acharnés. La solidarité du ministre avec les agents publics leur a fait du bien!

Même si les partisans inconditionnels de la compétitivité cherchent sans relâche à réduire l\'étendue des services publics et à promouvoir un «outsourcing» aux conséquences néfastes pour notre pays, le bien-fondé des prestations publiques est évident pour le bon fonctionnement de notre société. Qu\'il s\'agisse de l\'administration de l\'État - et l\'organisation de la présidence européenne le démontrera une fois de plus -, de la sécurité nationale, de la protection des citoyens ou de l\'éducation des jeunes, les fonctionnaires et employés publics, grâce à leur objectivité, leur neutralité et leur statut, garantissent une participation désintéressée et efficace dans la gestion des affaires publiques. Privatiser les services publics reviendrait à encourager une mentalité ultra-capitaliste qui se limite presque toujours à la seule et unique recherche et à l\'accroissement du gain.

Afin d\'assurer le bon fonctionnement de l\'État, on ne peut se passer de la prise de position de ses agents, de leur savoir, de leur savoir-faire et de leur expérience.

Le respect de la voix du peuple qui s\'exprime dans le «dialogue social» ne devra pas se limiter au plus haut niveau national, mais devra s\'étendre sur tous les secteurs concernés. L\'information et la communication devront être complétées par une véritable participation aux différents projets: puisque ce sont les agents du terrain qui doivent réaliser les décisions prises par le gouvernement, il faut les associer dans l\'élaboration des projets et les faire participer activement aux différentes étapes de leur mise en œuvre. Malheureusement à l\'heure actuelle, dans différents secteurs étatiques les portes du dialogue semblent fermées et les fronts se sont durcis. L\'absence d\'un véritable dialogue social et le manque d\'une collaboration sincère mènent dans l\'impasse.

Vouloir imposer des réformes ou des modifications des conditions de travail par la force, c\'est passer outre à la «voix du peuple» et compromettre des résultats positifs. Le référendum du 7 juin peut servir de leçon. Espérons que les responsables politiques et économiques auront compris le message et tâcheront dorénavant à mieux prendre en compte l\'opinion publique et à adopter une politique de cohésion nationale plus efficace.

Claude HEISER

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