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Editorial: La CGFP a le vent en poupe

Les syndicats, défenseurs attitrés des droits des travailleurs à l’époque de la révolution industrielle, sont considérés aujourd’hui par d’aucuns comme un anachronisme inutile et malsain.

Finis les temps où des forçats rémunérés par des pécules à minima végétaient dans la misère. L’État Providence a fait en sorte qu’un chacun puisse jouir d’une vie normale en pleine sécurité. D’où la remise en question endémique de la raison d’être des syndicats dans une société qui, comparée à d’autres, ne fonctionne pas si mal. Heinz Lampert, professeur émérite de sciences économiques à l’université d’Augsbourg nous donne une réponse dans son exposé Die sozioökonomische Bedeutung der gewerkschaftlichen Organisation der Arbeitnehmerschaft gestern und heute en posant la question: «Wer, wenn nicht die Gewerkschaften, sollte die Aufgabe erfüllen, darauf zu achten, dass die Anpassungslasten der Sozialstaatsreformen nicht einseitig den Arbeitnehmern und ihren Familien aufgebürdet werden?»


Nous voilà dans le vif du sujet: si les syndicats, à l’aube du capitalisme, ont dû se battre pour obtenir des conditions de travail décentes (journée de travail limitée à huit heures, congé rémunéré, salaire minimum…), aujourd’hui il s’agit avant tout de défendre les acquis sociaux et de veiller comme Argus, géant aux cent yeux de la mythologie grecque, à ce que la plupart des charges sociales ne soient pas mises sur le dos des salariés et de leurs familles. Ces tentations restent nombreuses. Ce qui vaut pour les salariés en général, vaut également pour les fonctionnaires et employés de l’État. Grâce à la CGFP et à ses prédécesseurs, les agents de la Fonction publique ont pu bénéficier successivement d’une amélioration des conditions de travail: droits et devoirs statutaires, droit de grève, ajustements des rémunérations au coût de vie, harmonisation entre vie professionnelle et familiale… Aujourd’hui, où bon nombre de nos détracteurs aussi bien du secteur privé que de la classe politique ne se lassent pas de dénoncer nos soi-disant «privilèges», il s’agit d’un côté de limiter les dégâts infligés au service public, de l’autre, de continuer à revendiquer des améliorations tant en matière statutaire que salariale qui nous reviennent naturellement.

Le fonctionnaire n’est plus, comme à l’époque de Bismarck, un simple instrument pour faire «fonctionner» le Léviathan, mais il représente un des piliers de l’État. Les responsables politiques viennent et s’en vont, tandis que les agents de la Fonction publique restent en place et maintiennent le cap contre vents et marées. Grâce à leur expérience, qui connaîtrait mieux qu’eux le fonctionnement de cette organisation indispensable au bien-être d’une société? Consciente de la haute importance du service public, la CGFP s’est donné la mission de défendre les intérêts des fonctionnaires et employés et de veiller à ce que ceux-ci puissent travailler en toute dignité tant sur le plan moral que matériel. Politiquement neutre et soucieuse de défendre l’intérêt général, la CGFP s’efforce d’éviter tout isolement de carrières spécifiques grâce à son esprit de solidarité aussi bien à l’intérieur de la Fonction publique qu’envers la société en général. À l’intérieur de la Fonction publique, la CGFP a réussi à serrer les rangs, à former un bloc homogène réunissant toutes les carrières et garantissant à ses associations la liberté de négocier dans leur intérêt spécifique sans pour autant susciter la jalousie des autres. Par rapport à la société, la CGFP s’est toujours montrée responsable dans ses revendications et solidaire avec tous les salariés qu’ils fassent partie du secteur public ou privé. Entre-temps, notre syndicat compte parmi ses membres la majorité des fonctionnaires et employés publics – nombre qui va encore croissant prouvant ainsi la confiance que lui témoignent les agents de l’État.

À nous de conserver et de développer cet héritage qui, depuis plus de cent ans, a fait de la Fonction publique ce qu’elle est aujourd’hui: une organisation où chacun de nous met du sien et peut en être fier. Par les temps qui courent, au moment où d’aucuns essaient par tous les moyens de démonter les acquis sociaux et le statut des fonctionnaires, il est essentiel que les ennemis jurés de la Fonction publique sachent qu’ils ont affaire à un adversaire de taille décidé et uni – la CGFP, un syndicat dynamique et efficace. Aussi longtemps que le service public risque de faire les frais d’un néolibéralisme uniquement braqué sur le profit, il ne faut pas baisser les bras ou se retirer dans l’isolement, mais faire face aux attaques et se battre sans fléchir pour la juste cause.

Claude HEISER

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